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Love Bites |
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réalisé par Nicolas Monfort |
2016 – 3’44 – HD |
| Trigger Warning : Love Bites est un film dur à voir, en particulier pour les personnes qui ont été victimes de violences conjugales, mais pas seulement. Pour changer un peu, je me suis dit que j’allais faire un film sérieux. Plusieurs niveaux de lecture derrière l’apparente simplicité. Spoilers alert : Love Bites est un film en trois couches. Ces trois couches ne vont pas sauter aux yeux du spectateur (surtout la troisième) mais vont participer ne fut-ce qu’inconsciemment à sa réception du film. 1er niveau : le premier degré : une femme se souvient de sa nuit violente et rêve qu’elle se révolte, mais ce n’est que dans sa tête. Elle est paralysée et subit les assauts de son mari. Ici, on est dans un film constat : regardez cette réalité. Il n’y a pas suffisamment d’histoire pour dégager une morale claire, mais celui qui après avoir vu ça va penser autre chose que “la violence conjugale, c’est mal” est un psychopathe. 2e niveau : le niveau Lynchéen de la fugue psychogénique (arrête de te la péter, Monfort). Cette lecture nous invite à envisager le film à travers un motif cher à David Lynch : la création d’un monde fantasmé pour échapper à une réalité insupportable, et l’impossibilité de ce rêve par la contamination progressive du réel (Blue Velvet, Lost Highway, Mulholland Drive…). Ici, nous sommes dans la subjectivité du personnage, qui se souvient de sa nuit peut-être pas comme elle s’est déroulée, mais comme elle l’idéalise (musique romantique, jolies couleurs, sensualité), mais la réalité vient petit à petit contaminer son idéalisation, la violence s’immisce. Elle se révolte, mais là aussi, on reste dans son fantasme. Et quand le mari rentre, la réalité reprend définitivement le pas sur l’imaginaire (les couleurs sont tout à coup froides, désaturées). Ici le constat ne porte pas sur la violence conjugale en elle-même, mais sur l’impossibilité d’échapper au réel par l’imagination. C’est un constat assez brutal parce que sans espoir. 3e niveau : là où ça devient intéressant : le film est conçu, par plusieurs indices tout au début, pour laisser croire au spectateur qu’il va découvrir un film de genre, et plus spécifiquement de vampire (le verre de vin couleur sang, le sang sur le menton comme après un repas de vampire, la sensualité, les couleurs saturées, la musique romantique, etc.). L’amateur du genre se réjouit, se frotte les mains : ça commence bien. Avec l’apparition progressive de la violence, il comprend qu’il a affaire à autre chose que de la violence romancée, cathartique, pour se prendre le “retour à la réalité” à la fin de façon très abrupte. Le spectateur, par ses attentes sanguinaires, se retrouve malgré lui complice. L’ambition ici était de faire un film qui dérange, non seulement en évoquant une thématique grave, mais en plaçant le spectateur (même à son insu), au centre d’un dispositif filmique qui joue sur différents tableaux. |